Les replis de la ville | Michel Darcis
Série réalisée lors du stage de Alexandra Catiere, 2026.
Arles est une ville abondamment photographiée, souvent réduite à ses images les plus visibles les arènes, les ruelles pittoresques, la lumière éclatante du Sud. Pourtant, derrière cette façade familière, la ville recèle de zones discrètes, d’espaces en retrait, de lieux où la vie se replie. Ce sont ces replis de la ville que je souhaite explorer : des espaces silencieux, marginaux, parfois oubliés, où se révèlent des présences fragiles et profondément humaines.
Mon intention n’est pas de documenter la ville de manière frontale, ni de produire un récit social explicite. Il s’agit plutôt d’un travail sensible, subjectif, qui cherche à capter ce qui échappe au regard pressé : une couverture abandonnée, un banc marqué par l’usage, une silhouette isolée, un geste minuscule, une ombre qui raconte une présence. Je m’intéresse aux personnes en marge (SDF, solitaires, figures discrètes) mais sans les exposer. Je privilégie les traces, les postures, les relations entre les corps et l’espace, la manière dont la lumière les enveloppe ou les isole.
Les replis d’Arles deviennent alors des scènes silencieuses où se joue quelque chose d’universel la fragilité humaine, la solitude, la dignité. La lumière, dure et tranchante, devient un élément central du récit. Elle révèle, découpe, protège, efface. Elle transforme les lieux ordinaires en espaces de tension ou de douceur, où la matière (grain, ombres, textures) participe pleinement à l’émotion. J’aimerais réaliser ce projet en noir et blanc pour durcir l’histoire.
Ce projet est une recherche d’écriture personnelle : une photographie simple, dépouillée, attentive, qui laisse place au sensible. « Un autre Arles » devient un prétexte pour interroger notre rapport aux autres, à la ville, à ce que nous choisissons de voir ou d’ignorer. Une tentative de faire dialoguer des images qui, mises ensemble, racontent une présence au monde. Discrète, fragile, mais profondément humaine. Une série qui cherche moins à montrer qu’à suggérer, moins à dénoncer qu’à comprendre, moins à capturer qu’à écouter.